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Critiques et avis sur la Culture, les loisirs et les média en général et le cinéma en particulier! Catégorie : Blog Cinéma Date de création :
22.01.2007 Dernière mise à jour :
01.01.2008
Voici un mail de Daniel Schneidermann reçu ce matin, suite à la signature de la pétition visant à réclamer le maintien (ou la résurrection!) de son émission. Dans l'optique du suivi des affaires dont parle le blog, nous vous le transmettons en vous encourageant une fois de plus à aller signer la pétition sur http://arret-sur-images.heraut.eu.
Chers amis,
Je ne peux m'empêcher de vous appeler ainsi, tant vous avez compté dans la vie de toute l'équipe d'Arrêt sur images, au cours du mois écoulé.
Vous êtes près de 175 000 qui avez signé la pétition initiée spontanément par l'un d'entre vous, Anthony, et réclamant le maintien de votre émission sur France 5.
175 000 ! Ce mouvement, sans précédent, nous a emplis de fierté et de gratitude. Il justifie pleinement le travail accompli, tout au long de ces années, par notre équipe. Je veux d'abord, du fond du coeur, vous remercier. Nous vous avons beaucoup donné. Vous nous le rendez aujourd'hui, et de quelle manière! Nous vous donnerons encore.
Anthony va clôturer cette pétition le 18 juillet prochain (tout le monde a droit à des vacances). Il la remettra alors à la direction de France Télévisions. Si certains de vos proches n'ont pas encore signé, c'est le moment !
Malheureusement, il est peu probable que votre mobilisation soit couronnée de succès. La direction du groupe public a donné maints signes publics de son refus de revenir sur sa décision. Je ne la commente pas ici. Je l'ai assez fait, au cours des semaines écoulées.
Mais ne pensez pas pour autant que votre mobilisation aura été vaine.
Elle aura d'abord montré la force de la demande sociale d'une critique des médias, exercée au sein même des médias. Cette demande, nous la connaissions. Elle vient de crier, paisiblement, qu'il faudra compter avec elle. Malheur à ceux qui l'oublieraient !
Votre mobilisation aura ensuite poussé puissamment à la résurrection d'une émission comparable à Arrêt sur images.
A l'heure où je vous écris, des discussions se poursuivent avec plusieurs médias, français et étrangers, susceptibles d'accueillir notre travail dès la rentrée prochaine. Ne m'en veuillez pas, pour une fois, de rester un peu plus discret que d'habitude, et de faire violence à mon tropisme de la transparence: ces discussions ont besoin d'une certaine tranquillité. Vous serez informés aussitôt que possible sur le big bang blog. Laissez-moi seulement vous dire que tout est encore possible. Vous n'avez peut-être pas fini de vous arrêter sur les images avec nous, sur les écrans de votre téléviseur, ou...de votre ordinateur (ou des deux).
Profitant de la sortie mercredi dernier de Tenacious D in : The Pick of Destiny (c'est pas trop tôt!!!), je vous remet ici la critique écrite peu après l'ouverture du blog dans une version un peu modifiée. Je sais, je suis toujours une grosse feignasse mais j'ai un emploi du temps un peu chargé ces derniers temps!
Voilà donc une petite critique d’un film « déjà culte pour certains » (hommage à AD). Tenacious D : The Pick Of Destiny est absolument génial pour pas mal de raisons. Je sais, je m’enflamme, mais ceux qui auront vu le film me comprendront facilement.
Ce film de Liam Lynch (à priori aucun lien de parenté avec l’autre) raconte l’histoire des Tenacious D, le groupe de rock de Jack Black et Kyle Gass créé en 1994 . Si vous ne connaissez pas encore, je vous encourage fortement à découvrir leurs chansons, notamment Tribute dont le clip a aussi été réalisé par Liam Lynch). Ce groupe est en effet le plus grand groupe de rock de tous les temps. En fait, c’est ce qu’ils disent et c’est vrai qu’ils ne sont pas trop mal. Leur musique est géniale et leurs textes à pleurer de rire, du bon quoi… Bref, revenons au film.
En gros, l’histoire est celle de la rencontre de deux losers qui veulent devenir des stars du rock mais d’abord, ils doivent gagner un petit concours dans un bar pour payer le loyer. Leur principal problème est alors de trouver l’inspiration pour écrire un morceau anthologique. Ils découvrent alors par hasard qu’un médiator, Le Pick of Destiny du titre, permet à n’importe quel guitariste qui l’utilise de jouer comme un dieu. Cette spécificité vient du fait qu’il ait été fabriqué à partir d’une dent du diable (Dave Grohl méconnaissable dans le film) au moyen âge. Ils partent donc à la recherche de cet objet sacré, cette quête étant un prétexte à vivre un paquet d’aventures, à rencontrer des personnages secondaires à mourir de rire (Ben Stiller, Tim Robbins, John C. Reilly…) et bien sûr à chanter des chansons vu qu’il s’agit d’un groupe de rock. Ce film est en effet une comédie musicale, très réussie.
Tenacious D: The pick of Destiny est au rock ce que The Blues Brothers de John Landis est à la soul. Le principe est très similaire : les aventures de deux losers, en mission divine et des chansons. Je sais, c’est réducteur mais c’est la trame principale des deux films. Le plus important dans ces longs métrages étant les chansons et leur intégration dans l’histoire. C’est le point fort de The Pick Of Destiny, la B.O. étant aussi sympa à écouter seule que celle des Blues Brothers. Le plaisir à la vision de ces deux films est le même. Donc, forcément, si comme moi vous adorez The Blues Brothers et le rock, voilà votre nouveau film de chevet…
Mais que vois-je ?
Coincé dans mon fauteuil, une infusion à la main, la télécommande du lecteur DVD dans l’autre, je regardais tranquillement les bonus des Fils de l’Homme quand, tout à coup ! je vis s’afficher sur l’écran digitalisé de mon réveil-matin, « 20 : 55 ». Déjà ! me dis-je à moi-même. Alors, nonchalamment, je pris le programme télé (en ayant préalablement déposé infusion et télécommande) et me dirigea à la page du… Tiens, quel jour est-on ? Oups, c’est déjà mercredi… et Mystère commence. Rendez vous compte ! J’étais tellement impatient de découvrir la suite des aventures de Laure de Lestrade que j’en avais fini par oublier l’heure. Bouh ! C’est pas bien ça. Enfin…
Alors ? Et bien alors, c’est une saga qui définitivement bouge mais ne secoue franchement pas. Je m’explique.
Ca bouge parce que, si je me mettais à vous raconter ce qui s’est passé depuis le début, vous vous apercevrez que les personnages de Laure, Xavier, Erika, etc., sont aux prises d’une machination, complot, canular, bidule, machin, chose, bref un truc complètement dingue (peu importe comment vous l’appelez). Vérifions avec un petit rappel de quelques faits (désolé par avance si je me trompe d’épisode) : Laure découvre que sa mère n’est peut-être pas morte (ép.1) ; un type patibulaire tente de kidnapper Lucas, le fils d’Erika (ép.2) ; Laure apprend que sa mère voulait la tuer (ép.3) ; le premier amour de Laure, Christopher, refait surface mais est complètement replié sur lui-même (ép.3) ; la fille de Lorenzo, Manon, est capable de lire les crops circles (ép.4) avant d’être enlevée la nuit suivante ; Lorenzo possède une étrange cicatrice sur son bras (ép. 4) et n’est pas le seul à en avoir une ; Laure retrouve le psychiatre, supposé mort, qui suivait sa mère (ép.5) ; grâce à une vidéo, Laure et Xavier découvrent que la cicatrice correspond à un implant qui est de nature extra-terrestre (ép.6) ; Lucas semble posséder des pouvoirs psychiques (ép.6).
Oui, Mystère est une série qui bouge. Laure fait son enquête, fouille de droite à gauche afin de reconstituer le puzzle d’un passé pour comprendre le présent, voire le futur. Quant aux autres personnages, tantôt ils l’aident, tantôt ils lui laissent quelques obstacles.
Et Mystère est aussi une série qui ne secoue pas parce que tout simplement j’oublie de m’en rappeler. Aussi bonne que peut l’être l’histoire, la série ne me prend pas aux tripes. Elle ne me fait pas bondir hors de mon fauteuil et je ne me sens à aucun moment impliqué sur leur envie de connaître la vérité. Pourquoi donc ? Sans doute à cause d’une réalisation molle et qui, parfois, vire au ridicule. Par exemple dans l’épisode 5 : Laure et Xavier avaient rompus car Laure n’avait guère apprécié que Xavier mente sur sa vraie vie professionnelle (souvenez-vous, c’est un flic, non un avocat). Il n’empêche, ils se retrouvent un soir pour mettre en commun leurs investigations sur les disparitions. En même temps, ils se font un petit dîner aux chandelles (comprendre : la flamme entre eux est toujours intacte). Xavier voudrait bien rester mais finalement s’apprête à partir. Sur le perron, ils se disent au revoir. Xavier fait quelques pas, puis avec toute la tranquillité d’une vache sacrée, fait demi-tour pour se diriger vers Laure qui, de son côté, en fait autant. Ils se retrouvent l’un devant l’autre, tels deux adolescents pubères qui vont se rouler une pelle. Ce qui se produit effectivement. Belle séquence de retrouvailles, mais il manque malheureusement un petit quelque chose que je nommerai la passion. Certes, c’est bien beau de les montrer ensuite en train de faire l’amour, mais c’est inutile : le spectateur comprenait très bien par le baiser qu’ils n’allaient pas en rester là. Et la passion, la vraie, manque à l’appel (la pelle ?). Pour une formidable union, il aurait fallu les voir se jeter littéralement dans les bras l’un l’autre (et filmés autrement que par un plan frontal assez laid – avec Laure d’un côté et Xavier de l’autre – qui nous empêche de les rejoindre dans leur fougue amoureuse). Mais non. Le romantisme à la française ne désire pas bousculer les lignes de la passion amoureuse.
Toujours dans les trucs qui énervent, nous avons des acteurs qui ont une tendance narcissique à se regarder dans les miroirs et autres glaces. Cela devient pénible, pour ne pas dire agaçant. Alors je comprends, cela fait une belle mise en scène avec les deux acteurs qui se parlent sans avoir besoin de se regarder directement, l’un en avant-plan, l’autre en arrière-plan. Et cela joue aussi sur les faux-semblants, sur les doubles jeux des personnages. Mais une bonne soupe resservit à chaque fois devient à la longue franchement indigeste.
Par contre, les toiles que Laure découvre dans l’épisode 5 sont tout à fait incroyables, et je me dois de vous le dire. Il s’agit de portraits fracturés comme si la personne peinte se regardait à travers un miroir brisé. Tout simplement effrayant.
En attendant, avec beaucoup d’impatience, la suite…
PS : je vous invite gracieusement à faire part de vos réactions sur cette série : si vous la regardez ou non, et pourquoi ; si vous la trouvez bien, ou non, et pourquoi ; si vous avez hoché la tête en signe d’approbation en lisant cet article, ou non, etc.
Et voilà, la barre des 8000 visiteurs vient d'être franchie en cette pluvieuse nuit de juillet! Le blog se porte donc toujours aussi bien malgré la légére pénurie d'articles ces derniers temps (faut bien bosser pour payer son loyer!). Rassurez vous, le rythme habituel devrait bientôt reprendre... Merci encore à Bastien qui a bien pris le relais et qui m'a beaucoup aidé à maintenir un peu de vie sur ces pages!
Le cadeau bonus pour ce nouveau passage, le troisième et dernier (pour l'instant) épisode de Street Fighter: The Later Year.
Une petite vidéo qui fait toujours rire (on rigole mais on ne se moque pas!)pour vous faire patienter jusqu'au retour des bons gros articles la semaine prochaine et la suite des aventures de Bastien le téléspectateur de Mystère...
Aujourd'hui est lancée une nouvelle rubrique, les "Critiques au Micro Ondes" (En hommage à Clément). Le principe de cet rubrique est de réutiliser des critiques déjà écrites par les chroniqueurs dans le cadre d'un autre média, de cours ou d'un mémoire. Le manque de temps nous oblige à utiliser ce procédé de grosses feignasses pour maintenir le blog en vie! La première critique de la catégorie est consacrée à Big Fish de Tim Burton (2003) écrite début 2004 (je vous avais prévenus, c'est du réchauffé!).
Tim Burton a réalisé Big Fish peu après avoir perdu son père. Cet événement de sa vie privée l’a (forcément) marqué et a modifié son approche de la relation entre un père et son fils, thème majeur de Big Fish. Sans la perte de son géniteur, Tim Burton aurait réalisé un film très différent de celui qu’il a mis en scène. Sa sensibilité a été touchée et la figure paternelle dans ce film est radicalement différente de celles de ses autres réalisations. Le rapport entre le réel et l’imaginaire est aussi un des principaux thèmes du film. Chacun des personnages à un point de vue et une interprétation différente des faits. C’est la façon de voir les faits qui importe plus que les faits eux-même, c’est ainsi que le personnage principal, Edward Bloom, voit le monde.
Big Fish est avant tout l’histoire d’un homme, Will Bloom, qui décide de revenir voir son père, Ed Bloom, gravement malade et proche de la mort, afin de tenter de mieux le connaître. En effet, Ed Passe son temps à raconter de façon fantastique les différentes anecdotes de sa vie et cela provoque chez son fils le sentiment de ne pas le connaître. Allant à son tour bientôt devenir père, il veut comprendre Ed et connaître sa vie. C’est la différence entre ces deux hommes qui marque le point de départ de ce film. Ed est présenté au début du film par son histoire de poisson, une des nombreuses anecdotes qu’il raconte. On le voit la narrant à différentes époques de sa vie, devant son fils, Will, d’abord passionné puis de plus en plus lassé par cette histoire à force de répétitions jusqu’au point de rupture, l’histoire de trop qui provoque le clash entre Ed et Will. Ce dernier est beaucoup plus terre à terre que son père. Il a besoin de faits concrets, de réel, pour comprendre. Ed, quant-à lui, a besoin de romancer ses souvenirs, en leur ajoutant quelques nuances fantastiques. Will ne comprend pas ce besoin de raconter des histoires et pense que son père lui ment de bout en bout sur sa vie.
D’habitude, dans ses films, Burton montre des pères ridicules (Beetlejuice, Edward aux mains d’argent) ou tyranniques (Batman, le défi, La Planète des Singes). C’est la première fois qu’un personnage de père n’est pas aussi négatif. C’est un personnage qui raconte des histoires afin de préserver son intimité. Il désire garder une part de mystère en ne dévoilant que partiellement sa vie et ses aventures.
Tout le film est construit en flash-backs. A chaque fois que le personnage de Ed raconte une de ses histoires, on assiste à la scène narrée, sans pouvoir distinguer le réel de l’imaginaire. Le travail de la photo est d’ailleurs remarquable sur ce point, le réalisateur ayant choisi de conserver la même esthétique entre les scènes «réelles», celle où Ed est âgé et raconte ses histoires, et les scènes représentant ces histoires, où Ed est jeune. Cela permet un mélange du réel et de l’imaginaire qui montre que les faits ne sont pas forcement réels ou imaginaires mais qu’il s’agit d’une question de point de vue sur les faits racontés. Ed ne raconte pas comment l’histoire s’est déroulée mais comment il l’a personnellement vécue. Le début du film montre que ce personnage raconte souvent ses histoires et les enjolive à chaque fois. Il finit par ne plus se rappeler des faits mais seulement de l’histoire. A ce sujet, Tim Burton dit que « A force d’être racontée par la même personne ou par quelqu’un d’autre, l’histoire prend sa propre identité ». C’est exactement ce qui se passe ici. A force de raconter ses histoires, Ed ne se souvient plus de ce qu’il a vécu mais seulement des histoires, le monde imaginaire dans lequel il vit.
Ce monde n’est pourtant pas si imaginaire. Toutes ses histoires ont leur part de vérité. C’est souvent une question de point de vue et d’interprétation. Will pense que son père a tout inventé pour combler un manque d’aventures fantastiques dans une vie bien ordinaire mais il n’en est rien. Plusieurs éléments montrent à Will et, par la même occasion, au spectateur, que ces histoires ont bien eut lieu. Will découvre des indices de la vie passée de son père, comme les mains mécaniques qu’il vendait ou les actes de rachat de la ville de Spectre que Will pensait fantasmée par son père. Après sa mort, qu’il avait d’ailleurs vue dans l’œil de la sorcière, on découvre l’existence du géant et des autres personnages, notamment ceux du cirques, qui semblaient pourtant tout droit sortis de l’imagination d’Ed. Ces éléments et personnages montrent qu’il n’a pas tout inventé mais n’a fait qu’enjoliver ses histoires au fil des années car plus les faits sont éloignés dans le temps, plus on les considère avec tendresse et plus on tend à les romancer. Il ne garde que les meilleurs moments et les raconte « à sa sauce ». Il rend ses aventures et ceux qui l’y côtoient, plus grands que dans la vie, plus extraordinaires. Rien n’est totalement vrai ou totalement faux. Il y a des degrés dans la réalité de Ed mais tout est basé sur la réalité des faits. Il n’a fait qu’exagérer ses histoires pour les rendre plus attrayantes et plus agréables à écouter. C’est un homme qui ne voit pas l’utilité d’une vie ordinaire et qui a besoin de l’embellir, de la rendre excitante. Ses histoires rendent sa vie passionnante, elles lui donnent une touche de magie. [...] Cette démarche créatrice est faite au risque de perdre contact avec ceux qui ne parviennent pas à entrer dans son jeu, comme son fils au départ. [...]
Will finit pourtant par comprendre son père, en découvrant qu’il y a une part de vérité dans ses histoires, et se prend au jeu en racontant sa mort. A son tour, il enjolive les faits pour les rendre moins tristes, son père mourant dans un lit d’hôpital. Il rend sa mort fantastique. Dans cette scène, il prend le relais de son père en racontant à son tour des histoires. Le réel et l’imaginaire se côtoient dans la scène fantasmée au bord de la rivière à laquelle la scène du cimetière fait directement écho en montrant les même personnages, les amis d’Ed. Ces scènes montrent que le monde réel et l’imagination font partie du même monde et que tout est une question de point de vue. Quand Will prend le relais, en devenant conteur à son tour, il devient prêt à devenir père, comprenant que l’important, ce n’est pas les faits mais la façon de les rapporter.
Le personnage d’Ed jeune est très important. Ce sont ses aventures que l’on suit dans un univers fantastique. C’est un personnage candide qui doit faire face à de nombreux obstacles mais qui triomphe toujours grâce à sa volonté. Ce jeune homme a quitté le village où il est né, pour aller à l’aventure pace qu’il ne voulait pas devenir un gros poisson dans un petit étang(d’où le titre). Mais ce titre a une autre signification : un poisson est glissant, comme Edward, qu’on ne peut jamais saisir. Les différentes épreuves traversées, parfois proches des travaux d’Hercule, le font évoluer et le mènent d’aventure en aventure. Il quitte sa ville natale, Ashton, en Alabama, devenue trop petite pour les ambition de ce surhomme que rien n’effraie. Il ne triomphe jamais de l’adversité par sa force physique mais toujours par son ingéniosité, sa volonté et son courage. Il est exploité dans le cirque mais la seule chose importante pour lui est d’enfin rencontrer la femme de sa vie, Sandra. A partir du moment où il la voit au cirque, elle seule importe pour Ed. Toutes ses actions sont guidées par son amour pour cette inconnue. Il n’utilise jamais sa force. Face au loup-garou, le directeur du cirque, son courage et sa bonne humeur lui suffisent pour en faire un chien joueur. Dans ses récits, Ed devient un héros sympathique, qui n’utilise jamais la violence. Il n’a que des aspects positifs ; il est gentil, romantique… Il ne parle que de ses bons côtés et devient donc un personnage extraordinaire, sans défauts, mise à part une légère naïveté. Dans ses histoires, il devient un héros de légende, incarnation du self-made man que rien n’effraie.
Big Fish peut être mis en parallèle avec un film de 1994, Forrest Gump, de Robert Zemeckis. De nombreux points communs rassemblent ces deux films. Dans les deux cas, il s’agit de l’histoire d’un homme qui raconte sa vie à des personnes et, par la même occasion, aux spectateurs. Les films agissent donc par un système de flash-backs. La réalité est déformée par la narration, clairement dans Big Fish, où elle devient fantastique, mais moins nettement dans Forrest Gump, où un simplet de son point de vue raconte sa vie, tellement extraordinaire qu’elle en paraît aussi irréelle. De nombreux autres points communs rassemblent ces deux œuvres. Ed et Forrest viennent de petites villes en Alabama (Ashton pour Ed, Greenbow pour Forrest). Enfants, ils ont eut des problèmes de jambes et de dos avant de devenir des champions sportifs. Les deux hommes quittent leur petites villes, devenues trop petites pour eux. Chacun est amoureux d’une femme mais doit affronter de nombreux obstacles afin de la retrouver (Sandra/Jenny). Ed et Forrest ont aussi étés des héros de guerre, en Corée pour le premier, au Vietnam pour le second. Ces deux héros sont naïfs, Ed est exploité dans le cirque et Forrest est réellement simple d’esprit. Ed gagne beaucoup d’argent et rachète la ville de Spectre et Forrest est « Godzillionnaire », comme il le dit, et vit aisément, grâce à la pêche à la crevette. Dans les deux cas, des éléments nous montrent que les histoires racontées ont une part de vérité, notamment grâce à l’apparition des personnages des histoires racontées, à l’enterrement d’Ed ou au mariage de Forrest. La différence majeure entre ces films est que Forrest est trop « simplet » pour modifier et enjoliver la réalité comme Ed mais il raconte ses aventures telles qu’il les a ressenties, souvent de façon très enfantine. Les regards de ces deux héros sur le monde sont des regards d’enfants. Ce parallèle montre que bien que les protagonistes de ces deux films soient très proches, leur histoire est bien différente grâce à une approche sous des angles différents selon le réalisateur.
Big Fish montre un personnage, Will, qui désire des explications rationnelles à la vie alors qu’elle ne l’est pas. Selon Burton, il ne faut pas être terre à terre et se concentrer sur les faits mais plutôt chercher à mêler réel et imaginaire. Ed est comme Burton, en cherchant à rendre fantastiques des faits banals. Ce film montre qu’il vaut mieux enjoliver les faits plutôt que de mentir. Ed n’a jamais rien caché à sa femme et son fils, il n’a fait que rendre plus fantastiques ses aventures. C’est cette conception que partage Tim Burton en ayant la passion de raconter des histoires banales d’un point de vue fantastique. C’est un des principes du cinéma : raconter des histoires et donner du rêve. Big Fish est une déclaration d’amour aux menteurs magnifiques, aux affabulateurs sincères, aux intarissables raconteurs d’histoires qui s’acharnent à rendre tout plus beau. Ce film est un plaidoyer pour continuer à s’arranger avec la réalité, une croisade poétique dans laquelle Tim Burton se retrouve complètement.
L’image est une reine. Une grande reine. C’est notre reine, et elle est belle. Sa grande force réside dans son omniprésence. Où que nous soyons, elle est là, quelque part, à se laisser observer. Elle aime être vue. C’est une grande séductrice : elle charme hommes, femmes et enfants. Elle adore la technologie et, pour la remercier, nous lui avons conçu de nombreux outils de communication afin de parfaire son pouvoir : appareil photographique, cinématographe, télévision, téléphone portable, GPS, Internet. L’écran est son amant. Sans lui, l’image ne peut manifester son incroyable beauté. Pas étonnant que de nos cinq sens, la vue est celui qui gouverne notre vie. Nous nous fions à ce que nous voyons, et ce qui est vu est toujours pris pour vrai. Toujours. Seule l’interprétation modifie l’événement (n’en déplaise aux témoins oculaires).
Toutefois, l’image a son talon d’Achille : il lui déplaît d’être lue. Le décryptage l’affaiblit, efface les contours de son maquillage, la dénude. Et certaines personnes n’apprécient pas qu’elle soit déshabillée ainsi. Ces personnes, ce sont pour la plupart des gens de pouvoir, des puissants comme des patrons de chaîne, des animateurs-vedettes, des journalistes ; bref, des gens qui prétendent savoir ce qui est bon pour notre reine. Et ces gens – ces laquais – la surprotègent parce qu’ils croient que si nous nous mettions à porter un regard critique sur l’image, nous ne la regarderions plus. Ils ont tort, et ils sont intimement persuadés qu’ils ont toujours raison. Toujours. Aucune remise en question de leur part. Pas de doute chez eux. De toute façon, ce sont les puissants qui décident, pas nous. C’est désormais officiel : Daniel Schneidermann a annoncé sur son blog aujourd’hui (http://www.bigbangblog.net) qu’il était licencié de France 5 pour faute grave. Et qui dit licenciement dit fin de son émission Arrêt sur images, la seule du PAF qui savait déshabiller avec élégance les émissions télévisées.
Nous ne devrions pas être l’esclave de l’image, plutôt un compagnon de route. Mais voilà, l’ère du numérique ne risque probablement pas d’arranger les choses. Alors, si nous poursuivons nos excursions de téléspectateurs, à nous promener dans les jardins de notre reine, de Vis ma vie à Super Nanny en passant par les JT des différentes rédactions ou autres jeux télévisés, interrogeons-nous. Quel est le plus important : ce que nous voyons, ou ce que nous lisons ?
Une pétition pour la résurrection d’Arrêt sur images est en ligne. Si vous êtes tentés par cet acte citoyen, allez sur :http://arret-sur-images.heraut.eu
Espérons au moins qu’il ne s’agisse pas d’une décision politique, comme l’avait cru Schneidermann durant un instant. Et quel que soit le support, que vive le décryptage des médias ! Car elle a beau ne pas se l’avouer, l’image aime être dévêtue, et elle en redemandera. Toujours.
Savourez un moment de plaisir avec Fruituèla Léger.
Cette critique vous est offerte par les délicieuses Salad Moins de chez MocDar.
Des masques tombent, d’autres apparaissent. Les lignes bougent, l’incompréhension grandit. Les événements se dévoilent au compte-goutte tandis que des personnalités tournent le dos. Oui, Mystère offre effectivement son lot de mystères. Brrr ! ça fait froid dans le dos. Ah ! non… c’est uniquement le temps qui fait ça.
La question que je me pose en regardant cette saga est pourquoi rien ne m’émoustille autant qu’une série comme Alias, Lost, 24 ou, plus récemment, Dexter. Avant, quand je regardais une de ces séries, découvrir que le dernier épisode arrivait sur sa fin m’était insupportable parce que je devais patienter la semaine suivante pour me rassurer si Sydney Bristow parviendrait à déjouer les plans diaboliques de Sloane. C’était d’ailleurs déjà le cas quand, petit, je regardais les aventures de Batman en collant (avec Adam West et Burt Ward) avec une accroche un brin plus démonstrative. Cet effet d’annonce en fin d’épisode ne reste toutefois qu’un élément supplémentaire afin d’assurer le retour du téléspectateur la fois prochaine. Ce n’est heureusement pas une obligation scénaristique. Même sans accroche, l’impatience se profilait à la fin d’un épisode. Mais là, avec Mystère, point d’impatience. Et c’est en fin de compte assez frustrant de ne pas retrouver ce sentiment pénible lorsqu’un épisode prend fin, mais aussi jouissif lorsque le suivant démarre.
Alors, je me trouve plutôt dans une démarche plus intellectuelle qu’émotionnelle où j’essaie de trouver le petit truc qui fait que « Mystère c’est bien et je vous le conseille », mais… pas si simple. Par contre, les petits trucs inutiles titillent l’œil (et en même temps l’oreille).
Un exemple parmi quelques autres : le jeu des acteurs. Jouer la comédie n’est pas chose facile, j’en conviens, mais ici cela patauge dans le vieux théâtre poussiéreux. C’est statique, froid, et sans véritable passion. Les paroles font l’action alors que ce devrait être le mouvement. Et quand les acteurs bougent, c’est généralement pour quitter la pièce. Par touche, il s’exprime – et c’est savoureux – un soupçon de frénésie, notamment de la part du demi-frère de Laure (sans doute celui qui fait le plus « méchant de l’histoire »). Or une grosse cuillérée serait tellement plus appétissante. Cette saga a besoin de plus de culot, plus de folie. Mais le désire-t-elle vraiment.
J’ai trouvé toutefois un moment très intéressant (ils sont rares, il faut donc les citer) : dans l’épisode 3, lorsque Laure découvre que son compagnon Xavier n’est pas avocat mais flic, ils se retrouvent tous deux dans une salle pour régler leurs comptes. Derrière Xavier, un écran de contrôle renvoie sa propre image à l’infini. Alors que le masque de sa profession vient de tomber, ce mensonge serait-il le premier d’une longue série ?
Egalement, j’ai comme une impression vague que TF1 veut faire entrer dans la tête de nos doux cerveaux disponibles que oui, les extraterrestres existent bel et bien. Car c’est devenu un fait : depuis l’épisode 3 E.T. est là, quelque part, tentant d’établir une communication, et Laure de Lestrade ne conteste plus rien depuis que son père lui apprend le secret qu’il-ne-faut-pas-révéler (la thèse Scully n’est plus, vive la thèse Mulder). Je dis impression vague car il est étonnant de remarquer que, quelques émissions plus loin sur la grille de TF1, nous pouvons trouver une preuve, sinon LA preuve, de l’existence extra-terrestre. Elle repose en un seul être : Fred. Fred est un des participants de la nouvelle émission de télé-réalité Secret Story (pour ceux qui l’ignorent, tous les concurrents du jeu ont un secret qu’ils doivent garder… secret). Le terrible secret de Fred est, tenez-vous bien, d’avoir vécu par trois fois des rencontres du troisième type. Son affirmation n’étant pas très claire, je vous conseille de visionner la petite vidéo ‘explicative’ (je pense que Fred est un ami intime de Jean-Claude Van Damme). Espérons que, de leur côté, TF1 a fait une enquête afin de vérifier la véracité de son secret car, à ce compte-là, moi j’ai vu un schtroumpf en forêt, et il m’a même parlé (mais je n’ai pas bien compris : il devait schtroumpfer le schtroumpfeur pour schtroumpfer dans la schtroumpferie).
Bref, j’attends toujours le petit moment de palpitation qui me scotchera à mon fauteuil (comment un « Oh putain ! » est sorti spontanément de ma bouche quand j’ai découvert comment Locke est devenu paraplégique dans Lost).
Nouveau millier, nouveau message! La barre des 7000 visiteurs vient d'être passée malgré le peu d'articles ces derniers temps. Désolé pour cette sécheresse estivale mais les emplois du temps respectifs des différents chroniqueurs sont quelque peu chargés ces derniers temps! Merci beaucoup à Bastien pour ses articles de plus en plus réguliers et toujours intéressants.
Le cadeau pour le passage de ce nouveau cap est le second épisode de la mini série Street Fighter: The Later Years. Le premier avait été mis en ligne sur le blog le 6 juin malheureusement, toujours pas d'épisode 4 en vue...
Enjoy...
J'attends vos réactions sur le blog et les différents articles...
Dans les années 80. Vol 173 pour Marseille. Turbulences violentes à 30000 pieds. Chute dangereuse de l’appareil. Incompréhension des pilotes. Panique à bord. Et pschitt : l’avion disparaît. De nos jours, Laure de Lestrade revient sur les terres de son enfance. Non loin de l’ancienne maison de ses parents, elle voit un attroupement dans un champ pour cause de phénomène inexpliqué : un crop circle y est dessiné. Dans ses vieux cahiers d’écolières, elle découvre les mêmes dessins. Coïncidence ?
Voilà le point de départ de Mystère, la série estivale de TF1 (qui comptera 12 épisodes). Moi qui n’ai jamais regardé de série française spécial été (ou d’une autre saison), je me suis dit qu’il était peut-être temps de briser cette routine. D’autant que, à la vue de la bande-annonce, la première chaîne semble s’être enfin décidée à renouveler les séries à la française. Avec les succès des Experts, Grey’s Anatomy et consorts, pourquoi ne pas se réapproprier les bonnes confitures américaines ? Alors jetons un œil chez notre voisin d’outre-Atlantique pour découvrir ses productions en matière de série pour pouvoir enfin l’affirmer bien haut : oui, je regarde français, messieurs dames ! La série française ne se résume pas uniquement au soleil de St-Tropez !
Alors oui, au premier abord Mystère ressemble étrangement à ce que les Américains savent si bien faire : une bonne histoire. Déjà, exit le 90 minutes, voilà le 52 minutes. Après R.I.S. (nos Experts français), la série se réfléchit en un format raccourci, donc normalement plus rythmé et plus intense émotionnellement (par contre, il n’y a encore aucune réflexion sérieuse sur le passage de la publicité). Ensuite, bienvenue les références ! En deux épisodes, Mystère regorge d’impressions de déjà-vu. De manière plus ou moins explicite, on peut penser à Signes, Men in Black, X-Files, Lost, Les Experts, Alias (et il y en a sûrement d’autres). Après, à chacun de considérer s’il s’agit d’emprunts inconscients, d’hommages inavoués ou de copiages délibérés, mixés à la française.
L’histoire de Mystère offre donc une aura belle et bien fantastique. Toutes les compétences professionnelles se sont clairement penchées sur l’écriture scénaristique. C’est donc la journée portes ouvertes aux énigmes, complots et autres secrets de famille. N’est pas Mystère qui veut ! Et, sur ce point, cela commence plutôt bien : en vrac, nous avons droit à un père obscur, un demi-frère rancunier, des révélations sur la relation mère/fille, d’étranges phrases, des comportements suspicieux. C’est sûr, les E.T. que Fox Mulder recherchait désespérément ont l’air de se manifester aussi dans notre belle Provence. C’est en tout cas la première impression qui semble se profiler : les aliens sont déjà parmi nous, les militaires font des expériences très secrètes et Laure de Lestrade, au centre d’un grand échiquier, semble en être la pièce maîtresse. Même si ces deux premiers épisodes forment un démarrage un peu mollasson (présentation des personnages oblige), avons-nous peut-être enfin notre Lost à la française !
Pourtant, une bonne histoire ne fais pas un bon film (en l’occurrence une bonne série). Avec une mise en scène qui se prétend sophistiquée (Ouh ! la caméra qui s’élève dans le ciel pour montrer le crop circle ! Ouh ! la caméra qui tourne autour de trois personnages pour exagérer une tension qui n’a pas lieu d’être !), elle finit par gâcher le plaisir du récit. Les effets visuels ne sont que de l’esbroufe, juste assez pour impressionner le téléspectateur. Premier bilan : cela reste du téléfilm de samedi soir.
Alors évidemment, le téléspectateur moyen de TF1 est impressionné parce que justement il ne s’intéresse pas ou peu à la manière dont l’histoire est filmée. Peu importe la mise en scène tant que l’histoire accroche et que les acteurs soient convaincants. Il s’agit d’empêcher de manier la zappette. Et comme pour toute chaîne, la quantité prime plus souvent sur la qualité (les chiffres de l’audimat reste un argument imparable). Je vous le dit : si la série enregistre des records d’audience, cette série sera jugée excellente ; si au contraire elle se fait battre par un concurrent, Mystère sera considéré comme un incident de parcours, une expérience que Joséphine saura annihiler.
En attendant les deux épisodes suivants…
NB : pour ceux qui l’ignorent, un crop circle (cercle de culture ou agroglyphe en français) est une zone dans un champ dont les plantes ont été recourbées de telle manière à former un dessin, plus ou moins complexe.