Lost - Les Disparus
Posté le 06.06.2007 par Bastien

Aujourd'hui, un petit nouveau nous rejoint pour renforcer l'équipe du blog. Son premier article est ici et sa blographie sera bientôt mise en ligne. N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur sa critique. Bienvenue à Bastien.
Snake & Friends.
Ca y est, la troisième saison de Lost vient de s’achever. Les 23 épisodes qui la composent seront normalement diffusés pendant la saison estivale de TF1. Il faudra maintenant patienter 8 mois avant de découvrir les réponses (et nouvelles questions) qui parsèmeront la saison 4. En attendant, il est l’heure pour les fans d’élaborer, de vérifier, d’avaliser ou de discréditer toute théorie ou conspiration que compose la mythologie lostienne : que se cache-t-il derrière ça ? Et ça ? Et encore ça ? C’est sûr, cette île mystérieuse n’a pas fini de faire parler d’elle. Où est donc passé Tintin ?
Mais Lost, qu’est-ce que c’est d’abord ? Un simple mot anglais ? Quatre lettres dont l’apparence insignifiante cacherait en réalité LE code ? Une suite d’événements improbables dont la ligne de fuite permettrait de dénombrer les heures qui nous restent avant la fin du monde ? Ou, tout simplement, le titre d’une série américaine qui explorent nos besoins les plus primitifs en matière de croyance, prédiction, et correspondance mystique ?
Les Disparus (en français dans le texte), c’est d’abord un idée toute bête qui surgit de la tête de J.J. Abrams, le créateur de la série Alias et réalisateur de MI:3. Alors qu’il visionnait une émission dite de télé-réalité Survivor (prononcez Koh-Lanta en français), il s’est demandé si une série avec plein de Robinson Crusoé pourrait intéresser les téléspectateurs. Sitôt dit, sitôt fait, Lost voit le jour ! La première diffusion du pilote sur la chaîne ABC date du 22 septembre 2004. L’histoire commence alors que le vol 815 Oceanic Airlines, reliant Sydney à Los Angeles, vient de s’écraser sur une île inconnue le… 22 septembre 2004. Ils sont 48 survivants et déjà, il s’agit de trouver un moyen d’alerter les secours. Mais ce ne sera pas si simple car l’Ile (donnons-lui une majuscule, elle le mérite bien) offre son beau lot de mystères : en vrac, les premiers épisodes font état d’une fumée noire, d’un ours polaire et d’un message français ininterrompu depuis 16 ans. En outre, les disparus eux-mêmes sont auréolés de mystères, mystères dévoilés grain par grain par l’entremise de flash-back récurrents. Entre temps, ils se rendent très vite compte que, sur cette Ile, ils ne sont pas si seuls au monde.
Vu le grand nombre de personnages dans la série, chaque épisode se concentre en particulier sur l’un d’entre eux. Nous découvrons alors son passé grâce à des flash-back : un moyen efficace d’éviter la confession intime tout en se révélant aux téléspectateurs. Les petits secrets étant une véritable chasse gardée dans Lost, il faut donc savoir les entretenir. Toutefois, la narration des flash-back, nullement anodine, fait toujours écho à la narration du temps présent. Il s’agit ensuite de reconstituer, à l’aide de tous les flash-back, le puzzle du révolu afin de mieux cerner l’actuel : pourquoi ont-ils pris ce vol ? Pourquoi (ré)agissent-ils ainsi ? Et pourquoi cela ? Mais pourquoi tous ces chiffres ?
Le système du flash-back est ce que je considère comme la signature de la série. Impossible d’y échapper. Or, ce qui faisait son intérêt devient dans la deuxième saison une épine dans le pied. Et dans la troisième, c’est la rupture : le passé ralentit considérablement l’action du présent. Les incessants retours en arrière ne font plus que remplir les 15 minutes manquantes, afin d’avoir un épisode de 42 minutes. Les flash-back ne sont pas gênants pour les récents personnages, bien au contraire. Mais la plupart de nos héros présents depuis le début ont déjà eu droit, à trois ou quatre reprises, à leurs épisodes flash-back (j’en ai compté 8 pour Jack, le principal personnage des personnages principaux). Cela force le respect de la pirouette scénaristique. En réalité, les créateurs ont pris soin de laisser quelques blancs dans la vie de chacun de nos héros afin d’y revenir plus tard (avec quelques surprises, cela va de soi). Et ils n’oublient pas de nous surprendre allègrement avec de belles révélations. A ce propos, la saison 2, la plus prolifique des trois sur ce sujet, offre pléthore de ces relations croisées (ou crossovers). Un bonus DVD de cette saison indique par ailleurs les nombreuses connexions. A croire que tous les personnages se sont déjà rencontrés avant d’atterrir sur l’Ile (ou comment mettre en pratique la théorie du « le monde est p’tit ! »).
Alors que faire pour alléger le passé ? Tout simplement, ne plus aller de l’arrière mais de l’avant. C’est l’utilisation, sur l’un des personnages, de l’antithèse du flash-back : le flash-forward. Ce procédé, peu fréquent en dramaturgie, consiste à dévoiler le futur au lieu du passé. Alias était parsemé de ces flash-forward : toujours en début d’épisode, ils servaient purement et simplement d’accroche. Dans Lost, le personnage aux dons extralucides vit des événements qui ne se sont pas encore produits. D’autant que ses visions lui font découvrir la mort imminente d’un autre personnage principal de la série. D’où, un grand conflit entre le devin et la victime à sauver inlassablement : jusqu’à quand pourra-t-il la sauver, et à partir de quand la future victime acceptera-t-elle son inéluctable sort ? Peut-être est-ce là ce qui m’a personnellement donné l’envie de regarder la saison 3 de Lost : voir si ce qui est annoncé, ce que je redoute, va effectivement arriver. Après tout, pourquoi regarder l’épisode 3 de Star Wars alors que nous savons pertinemment qu’Anakin Skywalker deviendra Dark Vador. Ou quand le spectateur est confronté à sa position voyeuriste et impuissante de spectateur.
Même si je regrette l’utilisation abusive des retours dans le passé (ou vers le futur), je ne peux que m’incliner devant son utilité : nos chers disparus sont incontestablement marqués par l’empreinte de leur passé, plus ou moins conséquent selon les circonstances. Alors que la saison 1 indiquait des relations familiales au plus mauvais point pour tous les personnages (décès, vengeance, adultère, recomposition, renoncement, délation), la saison 3 leur propose d’adopter une nouvelle famille dans un nouvel environnement. C’est en tout cas le message que les Autres, les habitants de l’île, essaient de leur faire transmettre (malgré leur brutalité, ne disent-ils pas qu’ils sont les gentils !). Cette dernière saison va donc dans cette direction jusqu’au point d’orgue du dernier épisode : quel choix prendre ? Avec cet accident d’avion, repliés du monde extérieur, sans possibilité d’être secourus (à moins que…), les disparus ont finalement une opportunité de commencer une nouvelle vie, véritablement différente et sans doute meilleure. Pourtant, quasiment tous veulent retrouver leur famille d’antan. Alors, quel est le bon choix ? Et vont-ils le suivre ?
Espérons en tout cas que les flash-back diminueront d’intensité dans la saison suivante. Mais j’en doute puisque le flash-back est bien le nerf de la série. Il permet au téléspectateur d’acquérir une vision générale de tous les événements d’avant et pendant le passage sur l’Ile. Et avec le flash-forward qui semble se profiler, je serais même tenter d’inclure les événements d’après le passage sur l’Ile (voir à ce propos le dernier double épisode de la saison 3). Il ne fait aucun doute qu’ils parviendront à s’échapper de l’Ile et de son emprise. Mais ensuite, comment vivront-ils leur retour dans la société ? Quelles en seront les séquelles (une pareille aventure change la vie d’un homme) ? J’espère que ces questions seront abordées dans les trois dernières saisons. Et puis, si les héros de Prison Break ont su s’échapper de prison à la fin de la première saison, pourquoi ne pas construire une saison de Lost sur l’après ? A voir.
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